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Peut-on vraiment se connaître soi-même sur le bout des doigts ?

C’est souvent sous ma douche, en même temps que l’eau chaude me tombe dessus, que mon cerveau me sort des trucs de je ne sais où. Parfois aidée par les podcasts que j’écoute le matin.

La dernière réflexion en date c’est celle-ci : “La connaissance de soi c’est encore un concept pour te faire culpabiliser encore plus de ne pas être heureux, et de te faire miroiter que tu ne pourras être heureux que lorsque tu te connaîtras ! Comme si se connaître c’était le Graal, la clé du bonheur et de l’épanouissement ! “

Cette semaine, j’ai écouté l’épisode du Podcast “Histoire de Succès” avec Fabien Olicard, le mentaliste. Fabrice Florent, le podcasteur, lui pose un moment la question “à quel pourcentage de connaissance de toi penses-tu être ?”. L’invité répond je crois “soixante-quinze pour cent”. Fabrice Florent enchaîne en lui demandant s’il ne pensait pas que c’était une histoire sans fin cette quête de connaissance de soi. Cela m’a vraiment interpellée ! Moi-même je serais incapable de dire à combien j’en suis de la connaissance de moi-même ; avec la psychothérapie, évidemment que j’ai pas mal avancé sur la question ces derniers mois, mais je ne saurais jamais complètement qui je suis, jusqu’à ce que mon enveloppe corporelle disparaisse de cette Terre je crois.

En admettant que nous sommes tous en perpétuelle évolution, changement, que les circonstances, les apprentissages que nous faisons grâce à nos expériences, n’arrêtent pas de nous modeler, comment pourrions-nous dire à tout instant que nous nous connaissons vraiment à 100%. La quête de la connaissance de soi est donc sans fin, tant qu’on est en vie.

Tout comme la fameuse expression “devenir la meilleure version de moi-même” qui pendant un temps m’a beaucoup attirée, mais qui aujourd’hui m’horripile ! Cela signifierai qu’aujourd’hui je ne suis pas assez bien, pas assez comme ceci, ou pas assez comme cela. Basta ! Aujourd’hui je suis qui je suis, avec mes peurs, mes blocages, mes faiblesses, mes forces, ma vulnérabilité et ma puissance. Et même si je n’aime pas trop mes défauts, ils font qui je suis, et pourquoi vouloir absolument gommer ses zones d’ombres, ses défauts ? La perfection n’existe pas ! Devenir une meilleure version de moi-même veut dire aussi atteindre un objectif sans fin ! On peut toujours être une meilleure version de soi-même ! Chaque jour que Dieu fait, on peut progresser ! Alors pourquoi faire croire à travers ces injonctions que l’on ne peut être heureux que lorsqu’on sera “meilleur” ?! Si c’est ça on peut-être heureux d’être meilleur chaque jour ! J’irais même jusqu’à dire on peut être heureux, même si on est pas meilleur que la veille ! Parce que donner le meilleur de nous est une exigence différente chaque jour, selon notre énergie, selon la météo, selon ce qu’on a vécu la veille, ou le matin même, selon qu’on est d’humeur où qu’on l’est pas. Et que parfois, on ne peut tout simplement pas être meilleur que la veille, et c’est OK.

Et puis quand on parle de “la connaissance de soi”, peut-on vraiment parler de connaissance ? Quand on dit “je connais mes tables de multiplication”, ou je “connais l’anglais”, c’est un savoir acquis, des connaissances enregistrées et qui – a priori – seront toujours là demain, dans un mois, ou même dans plusieurs années, pour peu qu’on fasse attention à entretenir cette connaissance ! Et l’anglais, comme les tables de multiplication ne vont pas changer du jour au lendemain. Quatre fois trois fera toujours douze. Mais qui peut dire ce que mon “soi” sera demain, dans un mois, pire dans quelques années, puisque l’expérience même de la Vie, va me transformer et que personne, pas même-moi pourra prédire ce que les événements auront comme impact sur moi. Je peux espérer grandir, évoluer de telle ou telle façon sur une thématique ou une autre, mais je ne peux pas avoir la garantie d’y arriver exactement comme je l’imagine à cause des circonstances extérieures et indépendantes de ma volonté. Je peux éventuellement dire avec les années, que je connais mon mode de fonctionnement, je connais mes valeurs, mes aspirations (et encore, tout cela peut aussi changer au fur et à mesure des expériences).

D’ailleurs, je me suis toujours demandée comment des gens pouvaient dire à d’autres “je te connais par coeur !”. Je suis capable de prévoir les réactions de certains proches à telle ou telle circonstances, mais je ne les connais pas par coeur, cela me semble impossible, puisqu’ils évoluent sans cesse. D’ailleurs, je m’inquièterais vraiment si j’étais capable de connaître les réactions de mes proches à exactement toutes les circonstances et événements qui pourraient se présenter à nous. Cela voudrait dire qu’ils sont prévisibles, et qu’ils ne bougent pas, n’évoluent pas ! Donc qu’ils sont morts, au moins de l’intérieur !

Tenter de répondre à qui je suis est à mon avis, une question sans réponse définitive, la seule réponse qu’on pourra apporter est je suis une personne différente de celle d’hier et différente de celle de demain ! Et puis d’ailleurs qu’est-ce qui défini qui je suis ? Mon genre, mes traits de caractère, mes qualités, mes défauts, mes origines ? Ce que je fais dans la vie ? Les rôles que j’ai accepté de prendre ? Bref. Répondre à la question “qui suis-je” me semble une entreprise bien complexe. J’ai d’ailleurs toujours du mal à y répondre et quand on me demande de dresser mon portrait, de résumer mon parcours, ou de me présenter, je ne sais jamais vraiment sous quel angle aborder cette question tellement la réponse me paraît possiblement très vaste. Qu’est-ce qui me définit vraiment ? J’ai toujours l’impression d’apporter une réponse incomplète. On est tellement de chose à la fois !

Pendant que les gouttes d’eau brûlante tentaient tant bien que mal de me sortir de la torpeur de mes pensées philosophiques, (ou m’invitait à y rester je ne sais pas…) je me suis dit “Eurêka” ! En fait, ce qui me définit vraiment et qui définit n’importe qui ressemble à un être humain, c’est que nous sommes des êtres sensibles en perpétuel mouvement et en perpétuel équilibre. Ce qui me définit vraiment c’est la façon dont je réagis aux choses de la vie, à la façon dont les émotions me traversent et ce que j’en fait. Comment je trace mon chemin grâce à elles. En plus ce sont elles seules vraiment qui peuvent me dire qui je suis, elles seules savent ce dont j’ai vraiment besoin, elles seules peuvent dire à l’instant T ce que je dois faire, ce qui est bon pour moi en fonction de mon passé, de mes expériences. Mon seul boulot en tant qu’être vivant qui veut se connaître, c’est écouter mes émotions, ce qu’elles disent de moi à l’instant T, et décider de ce que j’en fait.

D’où cette impression qui empare très souvent les gens déconnectés de leurs émotions, de ne pas être à leur place, de ne pas savoir vraiment qui ils sont, ce qui les mène invariablement à des états de mal-être (sans forcément en avoir conscience) ou à jouer à être la personne que les autres veulent qu’ils soient. Ce que j’ai expérimenté pendant longtemps malheureusement et ce dont j’ai encore bien du mal à me détacher ! Mais j’y travaille !

Aujourd’hui je sais que je ne me connaîtrais jamais à 100%, et que je n’ai pas besoin d’arriver à cette pleine connaissance de moi pour être heureuse. Je suis capable d’évaluer avec mes presque quarante années de vécu et avec plus ou moins de certitudes, vers quelles expériences je peux aller sans soucis, celles qui me posent pour le moment plus de difficultés, ou même celles qu’il vaudrait mieux que j’évite à tout prix, en tout cas dans un avenir proche. Je commence à apprivoiser mes zones d’ombres, ma vulnérabilité, et ma puissance, mes fonctionnements réflexes. Je commence à avoir un mode d’emploi de ma personne assez fourni et tout ça c’est déjà énorme. Je suis aussi certaine d’une chose aujourd’hui : si je me fie à mes émotions, si j’écoute ce qu’elles disent de mes besoins, je sais je ne me tromperais jamais sur qui je suis à cet instant là, et ce dont j’ai besoin à ce moment là et quelle décision je dois prendre à l’instant T. Et comme plusieurs adages le disent si bien, finalement, ce qui compte c’est savoir vivre le moment présent.

En cela, la communication non-violente m’a beaucoup apporté. En effet, partir d’une observation de faits, identifier l’émotion que cette observation suscite, et en déduire le, les besoins qui se cachent derrière est un formidable outil de connaissance de soi, mais une même émotion, une même situation ne produira pas forcément l’émergence du même besoin, quelques jours plus tard, le tout est d’y être attentif sur l’instant. Et un même besoin peut être comblé par des tas de stratégies différentes et donc mener à des choix très différents selon les circonstances ! Mais souvent, quand on ne sait pas identifier ses émotions, ses besoins, on mets inconsciemment les mêmes stratégies, plus ou moins saines, souvent celles qu’on a intégré depuis notre plus tendre enfance, issues de nos croyances sur nous, ou sur les autres. Et même quand on sait identifier nos sentiments et nos besoins, parfois c’est plus fort que nous. C’est comme cela que l’on a des comportements addictifs : nourriture émotionnelle, addiction diverses et variées (aux écrans, aux jeux, à l’alcool). C’est comme ça qu’on se retrouve aussi à faire toujours la même chose, et à se demander pourquoi on arrive pas à faire autrement ! Et c’est comme ça qu’on se retrouve dans des schémas de vie répétitifs !

Identifier ses émotions, reconnaitre et nommer ses besoins, ce n’est pas simple et ce n’est pas confortable. Mais une fois qu’on réussi à le faire, au moins de temps en temps dans certaines situations, cela apporte un réel apaisement. Et puis cela déconstruit petit à petit tous ces schémas répétitifs !

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